Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.

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Est-ce qu'il ne fait pas trop froid là-bas ? Est-ce que tu sais pour le vent qui agite les volets de la cuisine et secoue ton ombre sur le carrelage ?
Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.
Tu reçois des lettres.
Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.
ESt-ce que tu es parti te cacher dans un caillou, un plat à tartes, un nouveau-né, un tissu, un oeuf, une broderie, et comment c'est maintenant qu'il fait nuit tout le temps ?
Eest-ce que ça va mieux, est-ce que c'est léger comme une bulle de laisser son corps juste là, tel un vêtement abîmé que l'on ne peut plus porter ? C'est fini ce poids qui écrasait ton sourire ? Qui écrasait ton ventre, qui t'écrasait ? Tu as pu t'échapper, dis ? Avec ton sourire en poche maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ?
De la nuit, du froid et encore une nouvelle couche de nuit. Nous on voit rien, on te voit plus, on ne voit rien, on ne sait plus grand chose. On marche dans la nuit et on ne te trouve pas, faut dire qu'on les confond toutes ces nuits, noires, épaisses comme du tissu, pas beaucoup d'étoiles, tout se ressemble.
Il y a bien les souvenirs, mais quelqu'un les a électrifiés et connectés à nos cils, dès qu'on y pense, on a les yeux qui brûlent ..
Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.

On avait peur et mal. Mais c'était rien à côté du vide qui nous a explosé silencieusement à la gueule. Et maintenant que tu es parti, on a encore plus peur.
On garde tous nos coeurs pantés dans le ventre et la gorge. Sans bruit. C'est effroyable le bruit d'un coeur qui se casse.
Est-ce que tu savais ? On veut écouter encore un peu de toi.
Le vide c'est grand.
Je suis mécaniquement vivante, puisque mes doigts bougent et que mes yeux clignent. Mais je suis remplie de vide. Je tremble; ce n'est pas du froid, c'est cette nouvelle chose : le vide.

Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'estce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est ce qui se passe pour toi ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses du ciel, du réconfort ?
Mais je ne veux même pas y penser, mon sang rejette tout en bloc, le trou dans mon corps siffle. C'est un son noir, comme ceux des vieux klaxons de train. C'est le grand tremblement du corps qui se met à marcher en cadence dès que j'effleure ces idées là. Je vex juste que ça ne soit pas vrai, qu'on arrête avec la mort parce qu'il se fait tard, qu'il se fait vide.
J'irai truquer les horloges du monde entier s'il le faut.

J'ai encore du mal à convoquer les beaux souvenirs, les autres me tombent dessus sans crier gare. Les ombres continuent leur travail de sape. Elles me piquentles yeux et me déversent des litres et des litres des rares souvenirs bien récents.
C'était un dimanche. Notre dernier dimanche.

Les jours passent, la nuit reste. Maintenant, tu me manques. Des fois c'est tes pas, des fois c'est tes bras. La plupart du temps c'est toi en entier, avec ta voix et tes petites façons. Je les vois dans le train les enfants parlant à leur père. J'en souris un peu, puis je me sens seule avec mes frissons. La climatisation des trains est souvent trop forte aussi .. mais je ne crois pas que ça soit ça.
Je sais que je dois m'entraîner à rêver et me souvenir, ne pas laisser le vide m'enfler la gueule comme une baudruche. Mais je n'y arrive pas tellement.

Le but du jeu pour moi c'est de rester vivante malgré la mort.
Je leur parlerais bien de mes sentiments et mon bordel. Comment je me cache, comment j'essaie de refrabriquer la vie à l'intérieur. Mais c'est trop tôt. Je ne trouve pas les mots.


Extraits remaniés de Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu.

# Posté le vendredi 18 mai 2007 12:04